The Bride! - Maggie Gyllenhaal (2026)

The Bride! est un film assez difficile à juger tant il semble insaisissable. Son manque de cohérence interne, que ce soit esthétique, scénaristique, référentiel, ou même dans sa trame narrative, rend l'exercice difficile, car alors qu'il semble indiquer une chose, il finit par en indiquer une autre et rend son ensemble brouillon.
Ce qui m'a le plus frappé d'abord, ce sont les images, cette esthétique "Netflix" qui semble irriguer les films états-uniens (bien que l'Europe n'en soit pas indemne non plus), avec le recours à des images très lisses, très propres, une colorimétrie fade, car répétitive et déjà vue. Si le film tente bien de casser certains codes, de s'extraire de la "lisseur" de l'esthétique mainstream, il n'y parvient pourtant pas. Les quelques passages scénaristiquement créatifs (le clair-obscur des scènes avec Mary Shelley notamment, ou par exemple lorsque la tête de la protagoniste est mise sous cloche et s'asphyxie) s'insèrent bien, trop bien même, au reste du film, et cette propreté de l'image empêche l'avènement d'un propos "punk" qui se dessine en creux. Les paroles sont prises dans les images et sont aspirées par elles, elles perdent ce qu'elles pourraient avoir de force, car elles ne "frottent" pas, elles ne grattent pas, ne dérangent pas, mais s'inscrivent dans une continuité.
Cela passe également par le nombre assez incroyable de références qui se succèdent dans le film de manière superficielle. Du Dracula de …, au Joker 2 de Todd Phillips, les quelques scènes scénaristiquement intéressantes sont des reprises de films déjà existants (et pas si vieux), dont on ne comprend pas très bien l'utilité. Peut-on voir autre chose qu'un calque du fameux couple de villain : le Joker et Harley Quinn, dans ce nouveau duo de "monstres" (d'autant plus que leurs personnalités se superposent parfaitement les unes aux autres).

Difficile également de ne pas être mal à l'aise face au traitement du propos féministe dont se targue le film. Entre la relation grossière entretenue par l'inspecteur et "sa secrétaire", avec une inversion des rôles criante d'artificialité, chacun d'eux étant un stéréotype sur pattes, sans plus de profondeur. Idem pour cette pseudo-révolution féministe lancée par The Bride, dont seules quelques images nous sont montrées (cocktails molotov, cassage de voiture et une de journaux) avant d'être complètement oubliée, ce qui la présente comme un seul événement de mode, très bref et sans fondement, allant avec une esthétique particulière (et policée !). Un simple produit marketing d'un féminisme 2.0, qui se contente de se montrer rebelle ou lieu de l'être véritablement. Et à quoi bon remuer les esprits, à quoi bon choquer, quand on peut vendre ?

A ce titre là, le personnage même de The Bride est problématique, d'abord sorte d'escorte, nommée Ida, auprès d'un mafieux qui traitent les femmes comme des objets, elle se fait posséder par l'esprit de Mary Shelley, meurt par mégarde, puis est ramenée à la vie par Frankenstein et une scientifique. A partir de là, elle cherche son identité, demande son nom et son histoire dont elle a tout oublié, elle passe par plusieurs nouvelles identités : Penelope Rogers, Pretty Penny, un monstre, une meurtrière, la femme de Frankenstein, Ida à nouveau, une icône féministe punk, puis opte finalement pour The Bride. Cette quête d'identité pourrait être intéressante si elle ne se résumait pas à "what's my name?" question qu'elle répète à mainte et mainte reprise. Sa quête d'identité ne passe pas par une aventure, mais par une stagnation et la multiplication d'incohérence. Elle ne se souvient pas de sa vie passée, mais se lance dans une tirade sur les femmes assassinées par son ancien boss mafieux sans que cela ne fasse jamais l'objet d'une interrogation (d'elle-même ou d'un tiers-personnage comme Frankenstein). Le fil apparaît alors comme une superposition de filons narratifs, dont on ne tire jamais le bout mais qu'on se contente de superposer. Et si certes, il est difficile de remettre en question les bonnes volontés du film, la grossièreté de la mise en scène du propos féministe semble plutôt encourir le risque de desservir une cause noble et juste, plutôt que de lui offrir un véritable terrain de revendication, de reconnaissance et de représentation.
★★☆☆☆
