Reprendre les bases : différence entre sexe et genre
Cela peut sembler comme la base des bases, pourtant la différence entre sexe et genre ne va pas de soi dans un régime épistémologique binaire se fondant sur un système hétérosexuel. Malgré cela, la différence est notable et permet d'éviter de nombreux malentendus.
Le sexe est généralement définit comme ce que nous avons entre les jambes, mais plus précisément comme ce qui "permet de différencier un homme d'une femme" et inversement. Cette définition binaire et infiniment restreinte sous-entend que l'on naîtrait obligatoirement soit comme "homme" avec un organe masculin : un pénis, soit comme femme donc, apparemment, avec un vagin. Cette définition exclue de facto toutes les personnes intersexuées soit 1,7% de l'humanité, équivalent à plus d'une personne sur 100, et plus précisément pour la France : environ 12 800 personnes chaque année.
Le sexe comme définit dans nos dictionnaires ne se concentrent que sur les organes génitaux extérieurs, omettant ainsi tout ce qui fait la construction d'une personne : ses caractéristiques physiques et psychologiques comme les chromosomes, l'expression génétique ou encore le niveau d'hormone. Ainsi, la militante féministe, trans et lesbienne Daisy Letourneur, dans son livre On ne naît pas mec de 2022, décline l'identité sexuelle en cinq sexes :
1. le sexe chromosomique : les fameux XX ou XY. Une simplification car, en réalité, il y a des femmes XY, ou XXY, des hommes XX… qui naissent ainsi et ne le découvrent parfois qu'à l'âge adulte, voire jamais;
2. le sexe hormonal : tout le monde a de la testostérone et des œstrogènes, mais il y a en moyenne plus de testostérone chez les hommes et plus d'œstrogènes chez les femmes. J'ai bien dit en moyenne car, en réalité, les courbes de distribution se chevauchent;
3. le sexe anatomique : c'est ce que vous avez entre les jambes, et là encore, c'est parfois moins évident qu'il n'y paraît;
4. le sexe social : c'est l'ensemble des rôles et statuts assignés différemment aux "hommes" et aux "femmes" dans une société donnée;
5. le sexe psychologique : c'est celui-là auquel on s'identifie dans sa tête
Ainsi, on voit bien que sur le sexe seulement, la définition n'est pas si simple. Par soucis de simplification (et volonté de légitimer une certaine domination), résultant dans l'exclusion de toute une partie de l'humanité, le régime hétérosexuel a binarisé la notion de sexe : soit homme, soit femme. C'est pour cette raison que dans de nombreux pays on continue à mutiler les bébés intersexués pour les faire rentrer dans l'une de ces deux cases, faisant ainsi croire à une maladie, une excroissance, un problème à régler afin que le bébé se conforme aux normes imposées par cette société. Seulement, au bout de combien de cas cessera-t-on d'employer les termes comme "pathologique" pour au contraire voir les richesses dont l'humanité recèle?
Le Monde dans un article de novembre 2021 intitulé : Enfants intersexes : les interventions médicales précoces et la question du consentement en débat, donnent plusieurs exemples de ces déviances (ce qui signifie selon le Larousse : "caractère ou comportement de ce qui s'écarte des normes sociales, morales ou culturelles en vigueur dans une collectivité."), montrant ainsi l'immensité des possibles du corps humains
Micro-pénis, vagin plus court que la moyenne et parfois abouché à l'urètre, absence d'utérus, clitoris de taille supérieure à la moyenne, urètre placé ailleurs qu'au bout du gland (hypospade), vulve présentant l'aspect d'organes génitaux externes masculins, hirsutisme chez les filles, présence simultanée de testicules et d'un vagin…
Ainsi, déjà, le sexe ne s'aurait se résumer à une opposition binaire entre pénis et vagin. Mais le plus important est sans doute de prendre conscience que ce que l'on a entre les jambes ou notre taux d'hormones ne viennent pas avec des "termes et conditions" dès la naissance. Un vagin ne rend pas plus sensible, plus délicat.e, plus doux.ce, au même titre qu'un pénis ne rend pas plus violent.e, plus fort.e ou plus compétitif.ve. Il s'agit dans ce cas-là de rôle de genre, ce qui est du ressort de ce que Judith Butler appellerait la "performativité".
Le genre est l'égal du "sexe psychologique" de Letourneur, il s'agit de la manière dont je me perçois, dont je me pense, dont je me présente au monde. Il s'agit d'un rapport à son corps, à son identité mais aussi et surtout au monde social. En effet, je peux me sentir "fille" dans un corps assigné "garçon" à la naissance et inversement. Je peux aussi ne me sentir ni fille ni garçon (non-binaire), ou les deux en même temps, ou encore un jour garçon et le lendemain fille (genderfluid). Il existe des centaines de combinaisons que l'on peut manier à sa guise. Le genre n'a pas de réalité biologique, il n'est pas définit à la naissance (cependant il est généralement, si ce n'est toujours, imposé), et est fluide, c'est à dire qu'il n'est pas fixe. Je peux me considérer fille et en adopter les codes sociaux pendant mon adolescence, puis finalement m'extraire de cette catégorie sociale pour en rejoindre une autre et ainsi de suite tout au long de ma vie. C'est ce que Simone de Beauvoir affirme lorsqu'elle dit dans son livre Le Deuxième Sexe :
On ne naît pas femme, on le devient.
Notre genre n'est pas prédéfinit à la naissance, il résulte d'un choix, d'une sensation, d'une intuition. Notre propre genre n'est déterminé par personne d'autre que nous mêmes. Cependant, évidemment, de nombreuses personnes "brainwashées" par la propagande binaire réassignent les personnes déviantes du genre à leur sexe de naissance (ou ce qu'elles supposent être leur sexe de naissance, se basant sur des attribues physiques arbitraires), montrant ainsi qu'elles ne font pas de différence entre genre et sexe.
Ce qui n'est plus votre cas!
