La lutte par le rêve

31/08/2023

Le rêve est sans doute un des moyens les plus faciles et les plus révolutionnaires pour lutter. Inventer un monde hors des normes, hors des cases et hors des stéréotypes qu'on nous colle et rabâche depuis l'enfance n'a pas de prix. Je ne connais rien de plus reposant que de penser à mon utopie personnelle. Rien de plus ressourçant et revigorant.

Paul B. Preciado, philosophe trans, dans l'introduction de son livre Un appartement sur Uranus publié en 2019 en parle :

Au fils des ans, j'ai appris à considérer les rêves comme partie intégrante de la vie. Il y a des rêves qui, en raison de leur intensité sensorielle, de leur réalisme ou justement de leur absence de réalisme, mériteraient d'entrer dans une autobiographie, au même titre que des évènements réellement vécus. La vie commence et se termine dans l'inconscience, les actions que nous menons en pleine lucidité ne sont que des îlots dans un archipel de rêves. Aucune existence ne peut être entièrement restituée dans son bonheur ou dans sa folie sans tenir compte des expériences oniriques. C'est la maxime de Calderon de la Barca inversée : il ne s'agit pas de considérer que la vie est un rêve, mais bien de comprendre que les rêves sont aussi une forme de vie.


Paul B. Preciado fait des rêves un outil de lutte. C'est en imaginant des moyens de contourner le système, ou simplement de penser un autre monde que l'on s'affranchit de celui dans lequel on vit.

C'est en partageant ses rêves, en les confrontant à ceux des autres, en trouvant des gens aves qui les faire évoluer, que nous parviendrons enfin à leur avènement.

Pour ma part je rêve beaucoup, je passe mes journées dans ma chambre à repousser les limites du possible. Je rêve que j'ai des ailes, que je m'envole rejoindre Paul B. Preciado dans son appartement sur Uranus et qu'on passe notre temps à danser, célébrer, chanter. Je rêve d'un monde autre, un monde parallèle, un monde différent. Je lis et ces lectures nourrissent mes rêves, les agrandissent, les rendent plus vrais, plus possibles, plus tangibles.

Les livres participent à ma rêverie. Ils l'entretiennent, ils ouvrent d'autres possibles, me donnent à voir d'autres exemples, d'autres sentiers inconnus que je n'avais même pas vu sur le chemin. On me murmure de nouvelles manières de traverser, de nouvelles manières d'habiter, de parler, de bouger, d'aimer, de vivre.

Je vis dans un rêve perpétuel et je pense que c'est aussi ça qui me fait tenir. Plus je rêve, plus cela me semble atteignable, possible. Parce que je vois ce monde que je désire atteindre tous les jours et toutes les nuits, alors je me dis que c'est parce qu'il doit exister, qu'il m'appelle. Qu'une communication onirique c'est mise en place entre lui et moi, qu'il m'envoie ses ondes, ses vibrations, des images de son paradis que je recherche depuis si longtemps déjà.


C'est un monde sublime


où l'on a abolit toute distinction entre personne (race, classe, sexe, genre, âge, validité…), où chaque vie à la même valeur et seuls les êtres demeurent

où la mort est célébrée comme un renouveau, comme un commencement

où la famille n'existe plus en tant qu'entité institutionnalisée, mais où l'on vit tous en communauté, en s'éduquant, en se nourrissant et en prenant soin les uns des autres

où l'école deviendrait source de rencontre, de mixage, de renversement de paradigme; où les cours sont passionnants mais dépassionnés

où l'argent n'existe plus

où le commerce se résume à l'entraide

où les tâches communes seraient faites ensemble, sans heurt

où les mots "domination", "violence" et "propriété" rappellent un passé lointain révolutionné

où l'on voyage partout où l'on veut, de pays en pays, de continent en continent, de planète en planète, d'univers en univers et de cosmos en cosmos, etc, grâce à des dispositifs écologiques dont la création est rendue possible par la destruction des lobbies du transport

où le bien être individuel et la santé mentale sont des priorités

où l'on pourrait danser et chanter pieds nus dans la rue

où nous cohabitons pacifiquement, amicalement avec la nature qui peuple nos villes; où elle est restaurée, et où on la chérit pour ce qu'elle est et ce qu'elle nous offre

où toutes les cases auraient explosées : où homme et femme n'existent pas; où blanc/he et noir/e n'existent pas; où adulte et enfant n'existent pas; où valide et handicapé/e n'existent pas; où hétéro et homo n'existent pas; où humain et animal n'existent pas; où bien et mal n'existent pas; où nature et culture n'existent pas; où normal et pathologique n'existent pas; où capitalisme et communisme n'existent pas, où terrestre et extraterrestre n'existe pas …

où les relations sont non normées et donc libres

où la diversité et la différence sont vues comme des enrichissements, voir même des banalités

où la spiritualité a une place importante dans les quotidiens

où le temps n'existe plus

où la politique n'a plus d'utilité

où la justice est une justice transformatrice



Inventez d'autres mondes, n'arrêtez jamais de rêver, car c'est finalement lorsqu'on arrête de penser à des alternatives possibles que celles-ci cessent d'exister.

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