Gourou - Yann Gozlan (2025)
"Il s'agit d'un des plus grands rôles de ma carrière" affirme Pierre Niney à Loris dans sa vidéo Youtube sur l'hygiène, à propos du rôle de Matthieu Vasseur dans le nouveau thriller psychologique signé Yann Gozlan. Si le jeu de Pierre Niney peut difficilement être remis en question, d'autant plus qu'il est soutenu par un torrent d'effets de mise en scène : musique rythmée et puissante et cris de foule en délire pour ses performances de séminaire, et notes de violon cinglantes avec des gros plans pour les moments de tension et de dégradation du personnage. Les effets sont bien gérés et soulignent la qualité de sa performance. Ainsi, le problème du film n'est pas son casting, ni vraiment sa direction, mais son fondement même : la qualité de son scénario et de son traitement / développement au fil des deux heures.

Eh là, en effet : patatras, le film ne tient pas la route. Rien ne tient et le film semble ne pas savoir où aller. Le titre lui-même est mensonger et trahit son idée d'origine (qui est une bonne idée !) : mettre en scène les potentielles dérives sectaires du développement personnel, un secteur en plein essor depuis plusieurs années. Il s'agit d'un sujet d'actualité, important, politique même. Et si le film semble près à se plonger dans ce sujet (donc prendre un parti ou en exposé plusieurs) avec l'opposition entre Matthieu Vasseur et les sénateurs et professionnels de santé, passage particulièrement intéressant où l'on voit bien les problématiques soulevées par le sujet. Or, après ce passage, le problème se perd, d'autant plus que Matthieu est toujours dépeint comme un "bon garçon", un "brave type", qui se révolte contre l'idée de faire des études pour être qualifié d'expert, et... c'est tout. Enfin, "c'est tout", malheureusement non, il l'aurait presque fallu ici pourtant, car Matthieu Vasseur se retrouve à défendre son entreprise sur TPMP, dans l'émission de Cyril Hanouna, bien présent sur scène, ce qui revient à banaliser et légitimer une émission particulièrement problématique, sans remettre en question son inclusion à l'écran. Etait-il véritablement nécessaire d'inclure une vraie émission (d'extrême droite) au sein d'une fable construite ? Y-avait-il vraiment besoin de payer Cyril Hanouna ET de lui faire de la pub sur grand écran ? Je n'en suis pas sûr. En tout cas, alors que le mot "Gourou" en guise de titre nous laissait imaginer que nous allions voir Matthieu lentement nous révéler (ou même s'embourber contre son gré, pourquoi pas) dans un double jeu de manipulation et d'emprise, eh bien non. Le film bascule dans un thriller psychologique de la déchéance d'un homme malgré lui, sans plus aucun rapport avec le développement personnel. Ce basculement arrive après une acmée particulièrement artificielle, un suicide accidentel d'un "fan" de Matthieu qui se tire dessus par mégarde. Cette mort apparaît en effet comme un point de bascule nécessaire à un synopsis qui s'essouffle à force de tourner autour de son sujet sans vouloir véritablement s'y plonger. La déchéance psychologique de Matthieu ne m'a pas particulièrement touchée malgré les effets scénaristiques. Il semble avancer à l'aveugle et se construire hasardeusement, comme le scénario. Le manque de cohérence a empêché identification et plaisir, ainsi suis-je sorti sans tirer grand chose de ce film, si ce n'est de la frustration.
★⯪☆☆☆
