Agamemnon - Eschyle
je me sers ici de l'édition de L'Arche (dont le texte est commenté et traduit par Florence Dupont)
[présentation d'Eschyle] Eschyle est le premier des trois grands tragédiens grecs, avant Sophocle et Euripide, et le seul dont subsiste une trilogie complète. Contrairement à ce dernier, il ne creuse pas la psychologie des personnages mais se sert plutôt de ses pièces pour mettre en scène des problèmes philosophiques et politiques majeurs, tel que l'équilibre de la cité et la crainte de l'hubris. Ces personnages se confrontent à ces questions et les remettent (littéralement) en jeu au centre de la scène. C'est précisément le cas pour sa trilogie l'Orestie, où la plupart de ses personnages n'ont de cesse de passer d'un excès à l'autre, laissant libre court à leur hubris, au point de menacer de faire s'effondrer la cité.
En effet, Eschyle, s'il n'invente pas la tragédie (on connaît les noms de certains auteurs l'ayant précédé dont il ne subsiste néanmoins aucune œuvre), il écrit alors que le genre tragique vient tout juste d'être officiellement reconnu à Athènes et participe ainsi largement à sa création. Il ouvre un genre autant qu'une époque, celle du début du Ve s. av. JC, l'âge du rayonnement athénien.
Une des plus grandes différences peut-être entre Eschyle et les auteurs qui s'ensuivirent est le rapport au divin. Eschyle semble écrire depuis un monde plus élevé, où la présence des dieux est permanente et tout revêt une valeur symbolique et sacrée. Ainsi, s'il traite des drames humains les plus grave : le meurtre dans la famille ou la guerre dans la cité, il le fait pas en se situer au niveau des individus, tout commence toujours avec la guerre et le destin de la cité qui, par elle, est remise en jeu.
[présentation de la pièce] Pour ma part, je ne me concentrerai que sur l'Agamemnon d'Eschyle, qui prend place pendant les Grandes Dionysis d'Athène en 458 av. JC. Il s'agit du premier volet de sa trilogie l'Orestie (avec Les Choéphores et Les Euménides dont vous parlera après Alba), qui remporte le premier prix. Cette trilogie appartient au genre des poèmes dits des "retours" (qui content les MH des chefs Grecs revenant de Troie et dont L'Odyssée est le plus connu).
Dans son introduction, FD rappelle qu'Agamemnon est d'abord un spectacle (musical), et pas seulement un texte, il ne peut ainsi pas se livrer à l'analyse en tant que tel, mais comme ayant pour aboutissement une représentation dans le cadre d'une performance rituelle structurée, notamment par le choeur, avec les monodies, les kommoi, et autres passages chantés.

[rappel mythologie avec les perso] Récapitulatif mythologique :
Les Atrides descendent d'Atrée, et sont issus de Tantale. Cette famille est particulièrement marquée par une série de tragédies et de malédictions, notamment meurtre, parricide, infanticide et inceste. A l'origine de leur malédiction, il y aurait le meurtre des enfants de Thyeste par son frère Atrée, qui les lui sert à diner, pour se venger de son frère donc, qui lui a volé sa femme Erope. Le seul survivant est Egisthe, qui cherche donc à se venger de cet acte monstrueux sur un des enfants d'Atrée : Agamemnon, notamment en nouant une relation adultère avec sa femme lorsqu'il part à la guerre, et en participant à son meurtre, afin de régner sur la ville de Mycènes.
Maintenant que tout est au clair, plongeons dans la pièce :
[résumé pièce] En guise de résumé, je me servirai de celui que propose J. de Romilly dans un article sur Eschyle qui me semble assez exhaustif : Agamemnon, le vainqueur de Troie, est assassiné à son retour par sa femme Clytemnestre. Elle a de multiples raisons de le tuer : il a sacrifié leur fille Iphigénie, et elle-même l'a trahi en prenant pour amant Égisthe.
Pourtant, la pièce n'insiste pas sur ces mobiles psychologiques ; et les chants du chœur ne s'y attardent pas : ils évoquent plutôt le conquérant coupable, les fautes d'Agamemnon, qui font de cet acte criminel un acte de justice. Seulement, comme l'acte vengeur n'en est pas moins criminel, il appelle à son tour une autre vengeance (cf. les deux pièces suivantes).
